Marie Dauguet

(Hier, à l'impourveu...)

Le coffret d’onyx

(Hier, à l’impourveu,...)

Hier, à l’impourveu, je vois dessous les hêtres
Que la splendeur du soir avait ensafranés,
Tourner au son léger d’une flûte champestre
Et d’un sourd tabourin un cortège fané.

C’était Hélène, avec Geneviève, avec Cassandre,
Spectres silencieux qui désespérément
Dansaient et, souriant de leur bouche de cendre.

Elles allaient ballant, par les grises moraines
Attardant les détours de leurs pas flageolants.
Entraînant aux replis des jupes et des traînes
Les rameaux desséchés, les faînes et les glands.

Pourtant le renouveau, le branchage des aulnes
Paraît de verds frissons, gentement caquetait
Un ruysselet parmi les touffes d’anémones.
Dans l’ombre bleuissante un rossignol chantait.

Et je les veys alors, regrettant leur jouveance,
Essayer tout en pleurs de longs baisers muets.
Arrêter soupirant la lugubre cadence
Dont le bransle sans fin leur corps exténuait.

Et je veis se chercher les bouches décharnées,
Les couples s’enlacer et plus loin que la mort
Tenter encore l’amour en l’étreinte acharnée
De leur chair de poussière et sans nul réconfort.

Mais flûte et tabourin languissamment se turent.
L’écho les confondit d’un insensible bruit;
Jupes, pourpoint, godrons lentement disparurent,
Les couples effacés glissèrent dans la nuit.

Mon rêve s’eslongna... et m’éveillai tout ivre,
L’humide crépuscule errant autour de moi,
Tenant encor, Ronsard, entre mes mains ton livre,
Assise en la rosée et seule au fond des bois.

                                                              20 avril 1903

 

Par l'Amour, 1904.



01/09/2012
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