Marie Dauguet

(L'Amour encore enfantelet)

Le coffret d’onyx

(L’Amour encore enfantelet)

                             A Monsieur H. de Régnier.

L’Amour encore enfantelet,
Vénus tendrement le berçait
Dessous les rameaux d’une treille
Au doux murmure des abeilles.
L’Amour dormait candidement
Parmi des roses effeuillées,
Sa mère, à pleine quenouillée,
Filait la laine en chantonnant.

L’Amour dormait, l’Amour rêvait;
Au lieu du hochet qu’il avait,
Croyant tenir dedans sa berce
La flèche qui les coeurs transperce.
A le voir, tel un agnelet,
Sommeiller à la clarté d’ambre
Du tremblant feuillage d’un pampre,
Qui l’eût cru, le fourbe archelet,

Couronné de calmes rayons,
En mal sous ses blonds crépillons
De dols, de pleurs et de rapines?
L’Amour rêvait! - Incarnadine
Sa main sur le gazon pendait
Où soudain, errante, se pose,
Croyant effleurer une rose,
Une avette qui butinait;

Voulant au parfum délicat
Des grappes rousses du muscat
Mêler, au miel qu’elle compose,
Une idéale odeur de rose,
Son dard elle enfonce acéré
En la chair mollement fleurie,
Et l’Amour brusquement s’écrie
Et se redresse tout navré;

A sa mère aussitôt se plaint,
En larmes il lui tend la main
Et lui fait baiser sa blessure;
Vénus souriant le rassure,
Puis, dans un reflet de soleil
Où tourne son vol minuscule,
L’insecte dont la flèche brûle,
Lui montre de son doigt vermeil.

Berçant au ceux de son giron
Pour mieux l’apaiser son garçon,
Emmy l’art de guérir savante,
Vénus lui dit: “ Si tu lamentes
Si fort de l’atteinte étonné
D’un pareil trait, quelles souffrances
Meurtrissent les coeurs où tu lances
Tes aiguillons empoisonnés?”

19 janvier 1903.

Par l’Amour, 1904.



01/09/2012
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