Marie Dauguet

(J'écoute...)

Printemps

 

(J'écoute...)

 

J'écoute dans moi-même, au delà de mes sens,

Comme un chant qu'un écho trop sourdement m'apporte,

Un langage inconnu dont m'échappe le sens;

Je suis un étranger au seuil de cette porte.

 

O lierre, ô mousse, ô rive, où donc est-il l'envol

Du son qui me parvient et que tout balbutie:

Les sapins étalant leurs mouvants parasols,

Le soleil endormi sur l'onde appesantie?

 

Où donc est-il le mur qu'on puisse renverser,

Fait d'argent translucide et de nue impalpable,

Où donc cette langueur d'un immortel baiser,

La bouche sans mensonge et l'étreinte qui dure?

 

Ne jamais posséder l'éther du firmament,

Ne jamais embrasser la courbe de la terre,

Ne jamais enlacer d'un geste véhément

Qu'un secret qui s'efface et l'ombre d'un mystère!

 

Nuls dieux, et ce besoin de tomber à genoux

Dans la fragilité de l'instant qui s'écoule!

Parmi l'odeur des fleurs nouvelles que je foule,

Ah! comme il est profond le chant frais des coucous!

 

Par l'Amour, 1904.



14/08/2012
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