Marie Dauguet

(Je m'assiérai)

(Je m'assiérai...)

 

Je m'assiérai au pied d'un chêne

Pour écouter la chute vaine

Des feuilles dans le soir mourant.

 

Rongeant la mousse et la bourdaine,

J'écouterai, qui les ravine,

L'eau s'écouler en soupirant;

 

S'éffacer aux combes baignées

D'ombre, le rythme des cognées

Qui trouble le bois endormi;

 

Sous la hache qui le dépèce

Le hêtre qui penche et s'affaisse

Et son cri lentement gémi,

 

Comme sorti d'une âme humaine.

J'écouterai craquer les faînes,

Et les glands avec un bruit doux

 

Tomber en frôlant l'herbe sèche,

Puis tout à coup la pie-grièche

Eclater de rire. Dessous

 

La mousse, dans son trou humide,

Le mulot rentrer et, fluide,

Aux rameaux pourris déchirant

 

Ses lambeaux, crépiter la brume.

Las! tout s'éteint et se consume....

O mon coeur, pélerin errant,

 

Dépose ton bourdon, ta gourde

Et le manteau. Voici la tourbe

Où le ruisseau s'anéantit,

 

Dans la paix des choses qui meurent

Entre comme en une demeure,

Mulot sous la terre blotti.

 

Aux sources que la ronce obstrue

Et s'engourdissant sous la crue

Des feuilles rousses, mire-toi.

 

Pareil à ce méchant érable,

Toi que lasse l'insaisissable

Rêve, vers l'ombre courbe-toi.

 

Libéré surtout de toi-même,

Sois cet inconscient poëme:

Au creux des serpolets velus

 

L'eau de mystère et de silence

Et d'où nul sanglot ne s'èlance,

L'eau qui dort et ne souffre plus.

 

Par l'Amour, 1904



10/08/2012
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