Marie Dauguet

Pâques

Pâques

 

Mais mon bien-aimé s'en était allé, il avait disparu,

Je l'ai cherché et je ne l'ai point trouvé;

Je l'ai appelé et il ne m'a pas répondu.

 

Cantique des Cantiques.

 

I

 

Reviendras-tu vers moi, mon Amant magnifique,

Pieds nus, vêtu de bure, et dans l'ombre extatique,

Dois-je encore t'attendre autour de la margelle

Du vieux puits soupirant, quand la lune se lève?...

 

Parle-moi, mon amour; ta parole est l'odeur,

Dans le vent chancelant de nos vignes en fleur;

Ta parole est l'odeur des vergers en automne,

Où tombent, embaumant le silence, des pommes.

 

De l'avoir possédé, l'éblouissant époux,

Avec sa pâle chair, avec ses cheveux roux

Et rudes, près du puits où s'avreuvent les chèvres,

 

Jusqu'à la mort invincible, qu'il m'en souvienne

Et des mots palpitants, qui, sortis de ses lèvres,

Comme des ramiers doux, se posaient sur les miennes.

 

 

 

II

 

Dis-moi, ô toi que mon coeur aime,

Où tu fais paître tes brebis,

Où tu les fais reposer à midi

car pourquoi serais-je comme une égarée?

 

Cantique des Cantiques.

 

Les jours après les jours se lassent et s'effeuillent:

Aubes, midis brûlants, soirs aux fraîcheurs de cruche.

Où es-tu, mon amour, doux comme un chèvrefeuille,

Suave comme un rayon de miel dans la ruche?

 

Où donc es-tu? L'air sent bon l'ambre et le cumin;

Au seuil de l'écurie, comme un dogue indolent,

Le lourd soleil se couche et le long des chemins,

Voici que les troupeaux, vers les crèches meuglant,

 

Reveinnent  aux chansons des verdoyants rebecs.

Mon amour est le son des flûtes traversières,

Mon amour est l'odeur bleue des serpolets secs,

Quapportent les brebis des landes solitaires.

 

Où es-tu? Je t'ai cherché parmi la grange,

Palpant les murs obscurs et sur les tas de gerbes;

Dans le cellier profond embaumant la vendange

Et dans l'étable où dorment les taureaux superbes

 

La charrue et le van sous la lucarne ouverte

Reposent et les jougs et l'aiguillon des boeufs...

Je t'ai cherché dehors par les sentiers herbeux:

(La chanson des ruisseaux éclairait la nuit verte.)

 

O bergers qui veillez, drapés de clair de lune,

Les yeux au ciel, gardant les troupeaux des étoiles,

Avez-vous vu mon bien-aimé au clair de lune?

Cherchez mon bien-aimé, ô gardiens des étoiles!

 

Cherchez mon bien-aimé parmi le temps hagard.

Il est un pâtre, il est un roi; ses cheveux sont

Pleins d'herbe desséchés ainsi que les toisons

Et sa langue a l'odeur des roses de César.

 

Il porte une tiare où se pâment l'opale

Et la perle vivante et le chrysobéryl

Et ses pieds nus sont beaux comme un soleil d'avril

Luisant entre les joncs sur une source pâle.

 

.........................................................................

 

.........................................................................

 

Ah! puisque rien de lui ne saurait m'apparaître

(Voici sa vigne déserte et sa porte close,

Un taon broute les lys au bord de sa fenêtre,

Dont l'hésitant matin seul effeuille les roses)

 

Ah! qu'au moins dans la source douce mes pieds saignent:

Que ton baume, rosée, qui rafraîchit la haie,

Tombe aussi sur mon coeur à la brûlante plaie;

Nature, prends un coeur aimant et qu'il me plaigne!

 

 

III

 

Toi dont suivrait les pas notre amour intrépide,

Toi vers qui nous tendons nos deux paumes avides,

Que tu sois couronné d'épines ou de grappes,

Qu'un lin pur ou la peau d'un léopard te drape,

 

Où faut-il te chercher? Pourquoi nous manques-tu

Si tu n'existes pas?... Répondez terre et ciel,

Réponds printemps charmeur et confidentiel,

Avec l'écho secret qui trop longtemps s'est tû;

 

Avec vos tendres bruits, ô rieuses ramées,

Le bourdonnement d'or des abeilles pâmées,

Et, quand le soir descend sur les marais dorés,

Le fauve bramement des cerfs enamourés.

 

 

Les Pastorales, 1908



11/10/2012
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