Marie Dauguet

Je te salue ô Feu

Je te salue ô Feu  

 

 

Je te salue, ô dieu premier né, Feu sacré!

Quand tu parais au ciel les collines bondissent

Et leurs croupes fumant et haletant blondissent.

Je te salue, ô Feu, toi qui m'as engendrée.

 

Je baise ma main et t'adresse mon baiser,

O dieu splendide assis sur ton trône écarlate

Et pour te louanger mon coeur fervent éclate

Comme la rose éparse hors du bouton brisé.

 

Je te salue, ô Feu, alors que l'ombre hagarde

Disparaît sous tes pas tonnants et radieux;

Je te salue, ô Feu, avec le cri que darde

Le coq: javelot pourpre ensanglantant les cieux.

 

Je te salue, ô Feu, toi qui mugis; ô Verbe

Gigantesque épandu dans l'éther étourdi.

Ton geste impérieux, vers les êtres brandi,

Incline avec nos coeurs l'yeuse, le chêne, l'herbe.

 

Je te salue, ô Feu, comme jadis l'ont fait

Mes pères amoureux, caressés par ta flamme;

Vers ton brasier géant, je projette mon âme,

Qui, dans son noir cachot, ma chair vaine, étouffait.

 

Je te salue, ô Feu viril qui me pénètre,

Amant cher, tiaré d'or clair et de rubis,

Avec la même voix que mes lointains ancêtres

Dans la plaine aryenne où passaient leurs brebis,

 

Je te salue, ô Feu, face auguste de l'Etre.

 

Les Pastorales, 1908.



05/10/2012
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