Marie Dauguet

(Couleurs)

(Couleurs)

Rouge poignard aigu dans le coeur qu’il perfore,
Clairon sonnant la diane aux portes de l’aurore,
Cri du désir haineux qui baise et qui déflore,
Sanglots fous du soleil au bord du ciel sonore.

Vert (surtout vert fané) le silence des cours,
Sous la mousse ancien banc déserté par l’amour
Ou miroir délaissé où se fane le jour,
Menuet évoquant de vétustes atours.

Violet résigné, vieux damas de bannières,
Que portent calmement les dames du Rosaire,
Note consolatrice au fond du sanctuaire
Baignant les yeux flétris de paix et de prière.

Orangé, chant fastueux de violoncelle
Dont l’âme est ébranlée et qui soudain descelle
Les tombeaux où dormaient, rigides, sous leurs ailes
Les souvenirs défunts. - Odeur de ravenelles.

Jaune assaut forcené rué à travers l’air,
Cymbale, tambour d’or, hystérique concert
Entraînant le vouloir à son rhythme de fer,
Où splendidement s’épanouissent les nerfs,

Bleu, c’est l’extase, qui grise mieux que le vin,
La recherche exaltée et folle du divin;
Des chants d’orgue, des lys au parfum souverain
Que l’on goûte en pleurant la tête dans les mains.

Extrait de “Rome”

Clartés, 1907.



12/09/2012
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