Marie Dauguet

L'éternel mirage

L´éternel mirage

 

Et le vent coulera parmi les herbes lisses,

Les tiges d'angélique et les brins de mélisse;

La mousse entourera comme un souple linceul

Les vieux rochers et les racines des tilleuls.

 

Je dormirai dans l'odeur triste des fontaines,

Dont le flot déroulé comme une écharpe traine,

Et je palpiterai aux sanglotants aveux

Que prodigue la brise à leurs bords vaporeux.

 

Je serai confondue au murmurant cantique

Des sources s'égouttant dans le bois noir, la nuit,

Infiltrant lentement leur âme fluidique

Sous la sombre bruyère où mon âme la suit.

 

Je serai la fraîcheur tranquille après la pluie

Des troënes et des prèles glacés d'argent,

Le silence attendri, les rayons où s'essuie

La ronce bleue au long des pentes s'effrangeant.

 

Je serai le reflet qui songe et qui transpose,

Le rêve frissonnant des coudriers sur l'eau,

L'âcreté des bourgeons, le miel sucré des roses,

Le baiser haletant aux lèvres de l'écho.

 

Je serai le miroir clair à travers l'espace

Et qui saisit parfois au fond du ciel serein

La trace d'une image immense qui s'efface;

Je me tendrai vers toi, ô visage divin.

 

Par l'Amour, 1904



06/08/2012
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