Marie Dauguet

La tour

Le sens de la vie

 

La tour

 

La tour sinistrement de marbre noir

au fond de ma pensée se dresse,

comme en détresse,

vers le ciel d'ombre et de désespoir.

 

La Tour de marbre noir poli

dessine ses machicoulis

et son pont levis et sa herse

de luisant acier sous l'averse.

 

Les princesses en des voiles noirs

encadrant leur pâleur d'albâtre,

les pieds glacés au bord de l'âtre,

filent la toile de leur linceul.

 

Nul chevalier et nul servant,

ni mandoline, ni viole.

Seul, au bas des portes closes, le vent

chuchote de maléfiques paroles.

 

Quel ennui morne vous excède,

Vierges!... Voici la chanson tiède,

dont l'écho vous arrive de loi,

des cailles parmi le sinfouin.

Regardez aux judas grillés

s'entrouvrir les bleuets mouillés

dedans les blés.

 

Chantez les flûtes et les sistres

à l'entour du donjon sinistre,

le doux Amour tendre et mystique

passe en sa verte dalmatique.

 

Mais les princesses sont fanées

comme la flamme au fond de l'âtre

où se chauffaient leurs pieds d'albâtre,

Amour,Amour, dans les avesnes

fraîchement fauchées,

disperse ta claire chevauchée

sans frapper à la porte vaine!

 

Par l'Amour, 1904.



17/08/2012
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