Marie Dauguet

Les seigles

Les seigles

 

En lambeaux d'or, sous le ciel bleu, tremblent les seigles,

Dans le vent déchirant leur somptueux tissu;

De bougeuses clartés traversent, vives ailes,

Les hauts épis mouvants sur les chaumes bossus.

 

Les seigles chancelants bercent parmi leur onde,

Qui, brusquement cabrée avance ou se recule,

En des remous lilas crêtés d'écume blonde,

Des mélilots, des bleuets et des campanules.

 

Des liserons, et parfois, maigres et dansant,

Ouvrant éperdument leurs corolles de soie,

Des coquelicots tachant de gouttes de sang,

L'étincelant reflux qui les courbe et les noie.

 

Et tout est mouvement: les molles floraisons,

La future moisson que la lumière inonde;

La trace d'un nuage errant à l'horizon,

Qui jette par les champs une ombre vagabonde;

 

L'air éclatant qui vibre, où des papillons tournent,

Le sentier poussiéreux traversé de rafales,

Les pruniers desséchés  dont les troncs se chantournent

Et lancent sur le sol de fuyantes spirales.

 

Evoquant la musette au refrain persistant,

Une immense chanson partout est murmurée;

Voix d'acier des criquets et tiges chuchotant

Poursuivent, inlassables, un rythme de bourrée.

 

La sève âprement coule et bruit et résonne,

Pulsations d'artère ou crissement d'antenne;

Je l'entends continue, ardente, monotone,

Qi nourrit les épis et qui gonfle mes veines.

 

Et me voici couchée sur la glèbe rouillée,

Caressée du soleil qui me baise les yeux

Et dissolvant ma vie humaine ensommeillée

A la mer des épis roulant ses flots soyeux.

 

Les Pastorales, 1908.



30/10/2012
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