Marie Dauguet

Elégie

Le coffret d’onyx


Elégie
1802

Hélas! le temps n’est plus, ô tendres touterelles,
Où j’aimais, provoquant vos doux roucoulements,
caresser longuement la neige de vos ailes,
Mêlant ma main tremblante à la main d’un amant.
C’est en vain que j’entends gazouiller l’alouette
Dans l’azur où renaît un soleil attiédi;
C’est en vain qu’au gazon fleurit la violette,
Que l’abeille bourdonne et que refont leur nid,
Au bord de ma croisée et me restant fidèles,
Avec le renouveau, ces couples d’hirondelles.

Aux fêtes du printemps mon coeur blessé s’éveille;
La clarté du soleil met des pleurs à mes yeux
Et je vais recherchant dans les plus sombres lieux
L’ombre silencieuse où la douleur sommeille.

En ce funèbre enclos, quand la lune reluit,
Je viens m’asseoir pensive au coin de cette pierre
Ecoutant mutrmurer, obscurcis par la nuit,
Ces ifs où se suspend en guirlande le lierre,
Et l’herbe frissonner et parfois d’un vol doux
Passer et me frôler les ailes des hiboux.

Je m’unis à la cendre éparse dans cette urne,
cendre qui fur jadis le coeur fier d’un guerrier,
Qu’entourent de rameaux le myrte et le laurier,

Que pare de ses feux la lune taciturne;
Cendre où mon coeur vivant se mêle enseveli
Défiant à jamais et la mort et l’oubli!

Puisqu’il m’est interdit aux neiges de vos ailes
D’effleurer de ma main la main de mon amant,
Roucoulez et pleurez, ô tendres tourterelles,
J’accorderai mon luth à vos gémissements.

22 avril 1902.

Par l’Amour, 1904.



03/09/2012
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