Marie Dauguet

En la mousse dessous les chênes

En la mousse dessous les chênes

 

En la mousse dessous les chênes,

Dont la sève envahit les troncs

Et fait s'échapper les bourgeons

Vermeils de leurs gluantes gaines,

 

Tu es étendu, beau Silence,

Et je t'écoute respirer

Avec la forêt que nuance

Tendrement le vent azuré!

 

Avec la mousse violette,

Où rôde un soleil blondoyant,

Et qui protège, s'enfuyant,

Le cours d'une source muette.

 

Et moi je partage ta couche,

Sous les chênes, parmi la mousse;

Je la bois, ton haleine douce,

Je t'ai sur mon coeur, sur la bouche.

 

Prolonge notre embrassement,

Dans cette heure où les tourterelles

S'unissent en luttant des ailes,

Mais taisent leur roucoulement.

 

A toi, Silence, dieu secret,

- Comme le ciel et la forêt

Et pareille à la saison ivre,

Qui t'ouvre les bras - je me livre.

 

Tu me dispenses fervemment

Une volupté souveraine

Et je sens ton ruissellement

Se confondre au sang de mes veines.

 

Par le bois d'or léger vêtu,

O beau Silence, mon amant,

Dormons lèvre à lèvre, veux-tu,

Heureux comme des éléments?

 

Les Pastorales, 1908.



11/10/2012
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