Marie Dauguet

(L'exode)

Printemps

 

L'exode

 

Rentrer en la substance aveugle d'un seul coup

Et tel à son liteau vient s'endormir le loup.

Ah! n'être pas celui dont tout désir avorte,

Qui va traînant sa chair comme un lourd vêtement!

Dans son tournoiement d'or que la nuit me remporte,

Qu'une étoile me mêle à son ruissellement!

Ah! que je ne sois pas celui qui se résigne

Et pâlement sourit en l'automne attiédi,

Dont la décrépitude a marqué de son signe

La lèvre détendue et le pas engourdi!

Je veux, dans du soleil, d'un bras plein de révolte,

Violer l'inconnu dont j'ai forcé la porte

Et devenir chanson, mouvement ou rayon,

Le vol de la tempête ou l'aile d'un grillon,

N'être pas le vieillard dont la force agonise

Lentement; mais debout, jeune et audacieux,

Puisque j'ai blasphémé et la vie et les dieux,

Que sur les hauts sommets l'éclair me puilvérise.

 

Par l'Amour, 1904.



15/08/2012
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