Marie Dauguet

La moisson 3

La moisson 3

 

Un fleuve lumineux autour de nous ondoie,

Le tenace baiser du soleil nous dévore

Et les champs d'un halo pourpre et tremblant se laurent,

Les champs vibrant, crissant, les champs criant de joie!

 

J'ai tant fait éclater de linceuls et de liens

Qu'il n'est plus rien en moi qui soit de l'ombre triste;

Comme les blés et les seigles en feu, j'existe,

Une sève embrasée bat dans mon être humain.

 

J'existe!... Et ce plaisir formidable m'absorbe

De respirer d'accord avec les blés déments,

De rester là debout au bord du firmament

Avec mon âme ouverte, avec ma chair qui s'offre.

 

Le vent fou dans ses bras violemment me presse,

Ainsi que les épis tout crépitants qu'il tord

Et le fauve et vigoureux soleil me caresse,

Abattu sur mon coeur parmi la moisson d'or.

 

Ah! plus d'étroit mensonge et de bonheur factice,

Le triomphal Amour, l'Amour brutal me blesse

Et satisfait enfin mon besoin de délices!

Radieuse saison, j'ai compris ta sagesse

 

Et que le soir où l'on meurt, l'unique remords,

Atroce, est de songer qu'on oublia de vivre

Et qu'on descend sous terre avec les deux mains vides;

Ah! jouissons, ah! jouissons, nous qui seront des morts!

 

18 juillet 1907

Champ de l'Ermitage.

 

Les Pastorales, 1908.



11/11/2012
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