Marie Dauguet

La mort du soir

Cendres et pourpres

 

La mort du soir

 

A Monsieur et à Madame Fix Massant.

 

Mon esprit inquiet plongeait au gouffre d'or,

Un choeur s'en exhalait, lyre et psaltérion;

Des spectres étoilés aux bras faits de rayons

Portaient, les doigts en feu, des sistres flamboyants.

 

De grands lys réguliers s'élançaient d'un essor,

Quittaient pour le soleil les bleuâtres sillons;

Dans ce jardin l'ébat fol des alérions

Effleurant les pollens de leurs vols tournoyants.

 

Partout s'évaporait comme une odeur d'extase,

L'haleine déferlante, émeraude et topaze,

Du soir vers quelque grève où, parmi des fucus,

Brochés d'argent liquide, éclosaient des crocus

Fauves, que recueillaient de leurs doigts ivoirins

Des reines de légende. Et bientôt tout l'écrin

Fleurissait leur corset serré comme un étau

Et mettait des clartés d'astres à leur manteau.

Là-bas, broutant les lis, une étrange licorne

Que sait conduire en laisse un chevalier dont s'ornent

Le chef du morion d'acier damasquiné

Et le coeur d'un amour abstrait et raffiné.

 

***

 

Belles, voici briller l'étoile de Vénus!

Vos doigts sont défleuris dans l'ombre des fucus

Et vos hennins pointus aux bizarres dessins

Mélangent à la nuit leur fantastique essaim.

 

Belles, voici pâlir l'étoile de Vénus!

Pétales et pistils, tout rêve s'exfolie,

Seule, écarlate fleur à la puple amollie,

Surgit large la lune, éblouissant cactus.

 

18 février 1901



15/04/2013
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