Marie Dauguet

La sagesse des verts

La sagesse des verts

 

Verts cendreux, flétris, effacés

Et qui niez l'intensité

De vivre, comme un coeur lassé

Epris d'ombre et de cécité,

 

Verts des mousses à la racine

D'un vieil érable desséché,

Sourds autant qu'un sanglot caché

Mourant au creux de la poitrine.

 

Nuance vraiment d'un mystique

Pénétrant, rappelant la fine

Tonalité des dalmatiques

Qu'un reflet de cierge satine.

 

Et verts, pourtant inconsolés

Sous le ciel d'hiver impassible,

Parlant de désirs immolés

Et de rêves inaccessibles

 

Ou que le réel étouffa...

Vert mélancolique et d'antan

Qu'ont les gourgouran de sopha

Ou les menuets chevrotants

 

Au fond du passé; verts des mousses

Qui parez cet arbre chancreux,

Vous scandez, accord qui s'émousse,

Un langage mystérieux.

 

Mais, ô paroles estompées,

J'ai saisi vos subtilités

Et je comprends vos mélopées

De tristesse et de volupté,

 

Verts cendreux, effacés, flétris

Et qui niez l'intensité

De vivre, comme un coeur épris

De néant et de cécité.

 

Par l'Amour, 1904



10/08/2012
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