Marie Dauguet

(Nous irons dans les bois...)

(Nous irons dans les bois...)

 

Nous irons dans les bois silencieux et doux

    Au glissement des feuilles mortes

Et nos baisers seront silencieux et doux

    Comme le bruit des feuilles mortes.

 

Pémètre-t-on jamais, tant vont se dissolvant

    Les baisers fervents que l'on rêve,

Si l'on vit, si l'on pense ou si, parmi le vent,

    On est la cendre qu'il soulève?

 

Le songe luit parfois et tel un bref éclair,

    La certitude qu'on vous aime,

Puis on dit: " Je ne sais si la chair de ma chair

    Est mienne ou bien reste elle-même.

 

La bouche qui sourit est la même qui ment;

    Demain le coeur de ma maîtresse

Sous d'autres mains aura le divin tremblement

    Qu'il eut jadis sous mes caresses.

 

Le regard qui promet est le même qui ment;

    Le même baiser peut éclore

Pour d'autres sur sa bouche et le même serment

    Monter aux lèvres que j'adore."

 

Nous irons dans les bois silencieux et doux

    Où se meurent les marjolaines,

Et parmi le brouillard silencieux et doux

    S'effaceront nos formes vaines.

 

Par l'Amour, 1904



12/08/2012
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