Marie Dauguet

La vieille forge

Simplicité

La vieille forge

Sur le lent canal s’endormant
Des feuilles roses sont tombées
Et sous leur nappe mollement,
Comme dans un songe absorbée,
L’eau qu’un brouillard d’automne farde,
En sinueux remous s’attarde.

L’ancienne forge au bord du bief
Reflète le vague relief
Des toits sombres et des murailles
Noires, le pied dans les broussailles,
Des hangars où rêvent tapis,
Sphinx à travers l’ombre accroupis,
Les marteaux. - Les jours révolus
Ont penché les pignons velus,
Fêlé les pierres des seuils. Morte,
L’eau baigne l’escalier des portes
De son muet déroulement
Et la vie stagne inertement
Au creux de l’étroite vallée.

Dressant leurs cimes enroulées
D’azur pâlissant, les sapins
S’entrecroisent;
Des bois prochains,
Avec le soir, une amertume
Descend des branchages qui fument
Où du silence est suspendu.

Quelle paix du vallon perdu
S’exhale! - La forge sertie
Par les ronces et les orties,
Voilant les échos assourdis,
Tout au fond du passé repose
Et se mire au bief engourdi
Dont l’eau parmi les feuilles roses
Sommeille en l’automne attiédi.


                                                20 septembre 1903

Par l’Amour, 1904.



18/08/2012
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