Marie Dauguet

Le débile rouet

Cendres et pourpres

 

Le débile rouet

 

Le débile rouet emmy le soir s'enroue,

Rauque, le rouet tourne au fond de l'heure exquise,

Dévidant et filant au branle de sa roue

Le chant du rossignol caressé de la brise.

 

Le débile rouet tourne sentimental:

Langueur échevelée, romance et clavecin.

Le soir entier s'est fait bleuâtre et musical

Où le jet d'au pleureur sème de clairs essaims.

 

La voix du rossignol atténuée se brise,

Accompagnant, rêveuse, d'invisibles gavotte.

Des parfums répandus de lierre et d'hélykhrise

Errent sur l'eau pensive et dont le flot chuchote.

 

Le débile rouet devient de pur cristal,

Et tandis que la lune écumeuse agonise,

Des menuets s'en vont, charme qui s'éternise,

Se mirer au bassin candide et lilial.

 

Lueurs, sons et frissons, tout se mélange et glisse,

Baisers, rosée, et vous, très pâles rigodons,

Effeuillez sur la mousse un fluide abandon,

Car la vie n'est plus rien que l'ombre d'une esquisse.

 

Il tourne, le rouet, cadences et vertige,

Et le soir enroulant son écheveau mouillé,

Chansons, lune et parfums, ensemble entortillés,

Harmonieusement s'évapore et voltige.

 

A travers le voile, 1902.



29/03/2013
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