Marie Dauguet

(Le jour tombe (Brumaire)

Brumaire

 

Le jour tombe

 

Le jour tombe, le jour trébuche,

Comme un vieux mendiant à besace,

Par les sentiers noirs pleins d'embûches,

Le jour tout éclopé se casse.

 

Le jour s'effrite, vermoulu,

Fourbu d'être clair et debout,

Il se fait cendre, on ne sait plus

S'il est lui-même ou s'il est nous.

 

Si c'est lui que l'automne brise

Et courbe et rend si mol et floche,

Ou si c'est nos coeurs par la brise

En haillons doux qui s'effilochent?

 

Est-ce nos coeurs, ce chemineau,

Que vêt un brouillard duveteux,

Qui porte un infini fardeau

Ballant à ses reins loqueteux?

 

Est-ce le jour, ce chemineau

Lugubre, agonisant, qui crève,

Las d'avoir sous leurs oripeaux

Violé trop d'absurdes rêves?

 

Novembre 1900



18/03/2013
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 2 autres membres