Marie Dauguet

Les chats

Frissons

 

Les chats

 

                                                      A Calchas

 

             Je veux louer les chats,

 

Plus caressants qu'un flot s'écoulant à la dune,

Qu'au long d'un toit moussu un bleu rayon de lune,

Les chats voluptueux flairant l'odeur des mains

Et les bouquets fanés qui meurent sur les seins.

 

Je veux louer les chats aux prunelles languides,

Fluant à pas muets à travers l'herbe humide,

Savants dans l'art de jouir et qui vont dégustant,

Lait pur, l'arôme exquis des jasmins au printemps.

 

Je veux louer les chats amoureux des nuances

Des coussins japonais, des bergères d'antan,

Des tapis d'Orient à la molle effleurescance

Par qui le dur réel devient inexistant.

 

Je veux louer les chats dont l'échine se ploie

Agilement aux creux des éderdons de soie,

Mais adorant surtout, à l'égal d'un péché,

L'énervante tiédeur des genoux rapprochés.

 

Je veux louer les chats qui, de leurs ongles fauves,

Dédaigneux des gazons s'étalant en plein jour,

Pétrissent lentement à l'ombre de l'alcôve

L'oreiller langoureux que parfuma l'amour.

 

Je veux louer les chats par-dessus tout artistes

Qui, lorsque nous dormons, aux lueurs d'améthystes

Des soirs d'Août s'en vont, au bord des toits branlants,

Gémir de mal d'amour dans la nuit s'étoilant.

 

Je veux louer les chats dont l'âme nous pénètre,

Fins comme les sorciers des anciens fabliaux,

Les chats posant leur front doux au front de leurs maîtres,

Les chats meilleurs que nous, fidèles et loyaux.

 

Par l'Amour, 1904



23/08/2012
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