Marie Dauguet

Les douves

Frissons

 

Les douves

 

J'irai cueillir la fleur que cerne l'eau des douves

Avec sa pâleur morne, avec sa chair lunaire

Dans l'ombre sans merci des créneaux qui la couve

S'ouvrant comme une étoile au pré crépusculaire.

 

J'irai cueillir la fleur où mon rêve se frôle,

La fleur hiératique et que sertit la maille

D'un vitrail reflétant au ras des vases molles

Quelque écusson brisé dont le fronton s'écaille,

 

Et dont la splendeur morte au creux des joncs se terre.

La livide corolle en son odeur de fièvre,

Mes doigts la saisiront, effeuillant son mystère,

Et son pollen glacé parfumera ma lèvre.

 

Alors s'évoquera à son malsain arôme

Le couple enseveli par les verts marécages,

Et j'y verrai dormant les humides fantômes

De la reine adultère et de son jeune page,

 

Partageant à jamais, telle qu'ils l'ont choisie,

Avec son traversin sombre, la même couche,

Grisés du même amour où leur coeur s'extasie,

Rigides, les yeux clos, et bouche contre bouche.

 

Par l'Amour, 1904.



23/08/2012
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