Marie Dauguet

Les gnômes

Frissons

 

Les gnômes

 

                                  A Monsieur Henri Aimé.

 

Par les genêts rabougris,

A travers le soir fantasque,

Dansent rieurs sous leur masque,

Des gnômes en pourpoint gris.

 

Les prés d'argent et de nacre,

Avec leurs saules noyés,

Exalent un parfum acre

Au long des bois défeuillés.

 

Le flot déroule blanchâtre

Ses silencieux remous,

Entoure les troncs d'albâtre

Des bouleaux maigres et flous.

 

Mêlés à l'ombre se taisent

Les spectres des buissons fous;

Des couples qui s'entrebaisent

Surgissent on ne sait d'où.

 

Il monte une odeur amère,

En tourbillons bleuissant,

Du gouffre des estuaires

Sournoisement menaçant.

 

Le vent cruellement âpre

Gerce le flot qui se plaint

Et que la lune diapre

De fleurs aux pâleurs d'étain.

 

Comme tout se fait étrange!

La nuit s'agite et s'émeut,

Et, glissant parmi la fange,

Au long des pâquis tourbeux,

 

Dansent rieurs sous leur masque,

Sinistres et rabougris,

A travers le soir fantasque,

Des gnômes en pourpoint gris.

 

Par l'amour, 1904.

 



23/08/2012
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