Marie Dauguet

Libération

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Le soleil dans les pommiers roses

Comme une harpe a tendu ses rayons,

Et voici que passe et se pose

Parmi les fils d'or l'essaim des guêpes en tourbillons.

 

L'herbe se tait sentimentale

Où point la véronique imperceptiblement,

Où l'ombre changeante s'étale

Se froisse et s'envole en de translucides déploiements

 

Mais c'est la nuit surtout, quand au pignon des fermes

Dorment les fleurs d'abricôtiers

Et qu'étoilant la terre où palpitent des germes

S'ouvrent les boutons des fraisiers;

 

C'est la nuit quand l'eau sombre au bord des prés gargouille

Et que, monotone biniou,

S'élève indéfini le chant faux des grenouilles

Succédant au cri des coucous;

 

C'est la nuit quand survient dans sa verte tunique

La lune avec ses cheveux froids

Et que jase à mi-voix presque somnambulique

Le rossignol au fond des bois,

 

C'est la nuit qu'il est doux d'être un cœur qui délaisse

Sa chair comme un étroit tombeau,

Et fondu, mort d'amour, coule dans la caresse

Du vent aux blancheurs des sureaux.

 

Par l'Amour, 1904

 

 



03/08/2012
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