Marie Dauguet

(Mercurio)

(Mercurio)

 

...Et voici le temple de Mercure tout à coup rencontré, englouti parmi des verdures louches; souillé, profané; sous la voûte crevassée lamentablement, un jour gluant stagne. des moississures rongent les murs. Quel mélancolique délaissement et quelle cendre est-il devenu le beau jeune dieu qui si agilement courait en la lumière aujourd'hui déserte; ou plus abordable, familier, à cette même place, accordait ses pipeaux de berger?

  On l'appelle ... Mercurio? Mais c'est une voix enfoncée dans de telles profondeurs qui répond.

 

                Où donc es-tu, Mercurio,

                 L'appel de ton troupeau s'efface

                 Aux torpeurs de l'écho,

 

Sous le rocher velu que des pampres enlacent

Et ta voix, qui répond, si lointaine succombe,

                       Comme si lasse!

 

Il t'a chassé le Bon Pasteur des catacombes!

 

         Sur les falaises de Baïa et Pouzzoles,

         Oubliant de brouter les lauriers odorants,

                  Ton troupeau maigri se désole,

                  Que l'enmal du berger surprend.

 

Par la menthe et les serpolets aimés des lièvres,

                  N'entends-tu pas bêler tes chèvres,

Pendant qu'impatient, le bouc aux cornes torses

                            Heurte du front

                                 le tronc

De quelque pin rugueux dont il blesse l'écorce?

 

                Où donc es-tu toi qui t'éloignes?

Une des chèvres a mis bas sans qu'on la soigne

                Et dans les buissons du coteau,

Ensanglantée, elle lèche ses blancs chevreaux,

Au poil informe encor, que sa langue démêle.

 

                Mercurio, toi que je hêle,

Quel troupeau gardes-tu, en quelle ombre éternelle

Qui près du fleuve paît les rameux asphodèles?...

Il l'a chassé, le Bon Pasteur, des catacombes.

 

                Et même dans ton temple

                    Où la nuit rampe,

                Elle est morte ta voix divine,

                Au fond de ton temple en ruine.

 

 

 

 

*

 

 

Sur le sable d'or clair tacheté comme un lynx,

La vague a déployé sa caresse traînante;

Le vent lointainement dont vibre la syrinx

Frise sur les coteaux les feuillages d'acanthe.

 

Et voici le troupeau, errant, comme en attente,

- Au pied des oliviers que le soleil déteint, -

Des chèvres en l'odeur des sauges et du thym,

Conduit par un grand bouc qui sur un roc se plante

 

Mercurio, par ton troupeau si désiré,

Si tu reviens ici, je te reconnaîtrai,

Quand tu te dresseras sur le ciel azuré,

 

Très jeune, avec tes cheveux fauves en halo,

Sous ton chapeau de pâtre fleuri et pampré,

Tu ressembles au David de Donatello.

 

 

Dans "Naples"

 

Clartés, 1907



23/10/2012
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