Marie Dauguet

(Un moine mendiant)

(Un moine mendiant)

 

   Et voici maintenant, devant nous, secouant sa tirelire, accumulant les révérences comiques, un vieux moine mendiant. J'en oublie net les fraises, les oeillets et tout l'entourage. Il est admirable, ce moine napolitain, de gesticulation exubérante, le ventre à la poulaine, la face hilare, bonasse, finaude; si loqueteux, si flave, si trempé de soleil, si sentant le bouc, sauf tous les respects du monde; il est admirable, il tient du faune et du polichinel - au fond, polichinel c'est peut-être un faune apprivoisé et perverti; le dernier faune christianisé à la diable?...

   Il agite sa tirelire au bout de ses doigts noueux et velus, mieux faits pour s'appuyer aux trous du chalumeau, empoigner la corne des chèvres, ou lancer tournoyant, sur le dos des gêneurs, le traditionnel gourdin.

   Mais il a l'air, malgré et peut-être à cause de ses ascendants supposés, tout à fait bon homme. A mon offrande, un accès de gaieté fait sauter sa longue barbiche, remonte plus haut encore vers la tempe bosselée, où l'on cherche un soupçon de cornes, ses yeux plissés et il génuflexionne indéfiniment. Puis, comme il a très bien vu que le trouve beau, il disparaît prestement, au bout de cinq minutes rapporte son portrait avec son nom et son âge, un autographe qu'il m'offre d'une main et la tire-lire de l'autre et tandis que je remercie comme il sied J. Rosario du San-Michele di Serino, cappucino, anni 81, il saute de toute l'agilité de ses kjambes torses sur le quai, d'où le bateau s'éloigne, et, parmi la foule, détale.

 

Dans "Naples",

Clartés, 1907.



28/09/2012
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