Marie Dauguet

(Paissez, troupeaux...) A la primevère

A la primevère

 

(Paissez, troupeaux...)

 

Paissez, troupeaux ardents du rêve,

Par les landes, à la vesprée

Des roses brêves;

A l'orée

Des bois, les lents baisers vermeils,

Comme des lèvres, du soleil.

Paissez ces caresses jusqu'à

L'horizon que le soir musqua

Du parfum des fleurs endormies.

 

Complainte tendrement gémie,

Le vent

Mêle en d'invisibles élans

Les flots dolents.

Tordu sur la vase engourdie,

Un if se mire à l'eau croupie:

Paysage où tout émoi noie

Sa splendeur triste qui s'éploie,

De deuil et d'or,

D'or et d'encens

Effervescents.

 

Et, vers la berge, il me sembla

Sombrer éperdument dans la

Clarté qui jaillit des glaïeuls,

Dressés frigides, tels des glaives

Dont les tranchants bleuis s'enlèvent

D'acier sur la moire écarlate;

Tels des mains froides en rêve

Et qui pressent mon coeur brûlant.

 

A la berge, j'avais voulu

M'asseoir sur le gazon velu,

Fuyant avec les sourds remous

Des sources infiltrant dessous

Les tertres roux,

Spongieux et mous,

Leurs courses.

 

Sources,

Vos doigts frais lentement m'entraînent,

Me mélangent et me transposent,

Joignant au serpolet mes roses,

Tressant au thym mes vignes folles.

 

Paissez, troupeaux errants du rêve,

Les parfums de mes roses brêves,

Paissez les fulgides moissons

Des baisers à mes horizons.

 

A la primevère

 

A travers le voile, 1902.



13/03/2013
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