Marie Dauguet

(Quand frissonnent...) Au bord de l'ombre

Au bord de l'ombre

 

(Quand frissonnent...)

 

Oh! si cette trop solide chair

pouvait se liquéfier

et se fondre en rosée.

Hamlet

 

Quand frissonnent sur l'eau des ombres bleuissantes,

Que des vols incertains taisent leur dernier cri

Parmi les joncs, lorsque le soir endolori,

Semeur à l'horizon de roses pâlissantes,


 Nous rend plus chère encor la douceur de pleurer,

Je viens mêler mon âme, O Nature que j'aime,

A ton âme et chercher le refuge extrême

Dans ton oubli profond qui ne peut nous leurrer.

 

Je sens ma lassitude alors qui tourne et plane,

Au-delà du présent, étrangère au passé,

Et berçant hors du temps son effort harassé,

Comme un oiseau de nuit à l'aile diaphane.

 

Mon songe est de ne plus ni penser, ni sentir,

Mais, sur l'inconscient au grand coeur magnanime,

De tournoyer ainsi qu'aux bouches d'un abîme,

Avec la volonté de m'y anéantir.

 

Vivre épars à travers ce qui fleurit ou vibre,

Dispensé de vouloir, dispensé de choisir,

Fondu parmi le flux de l'éternel désir,

Evadé de moi-même, insaissable et libre.

 

***

 

Voici le crépuscule avec ses doigts muets

Qui modèle et pétrit le cotège des rêves

Et sème sous leurs pas à l'ourlet de ses grèves,

Les roses, les lilas et les pâles bleuets.

 

Fais neiger des bleuets au seuil de ton portique,

O soir, sur tes degrés, les cheveux épandus,

Je viens, sans évoquer des paradis perdus,

Encenser le présent de mon dernier cantique.

 

Novembre 1899.



23/03/2013
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