Marie Dauguet

(Tout vain désir...) A la prime vère

A la prime vère

 

(Tout vain désir...)

 

Tout vain désir avec toute pensée expire

Et ma vie effacée, incertaine, recule,

Car voici, déversé, qu'autour de moi soupire

Le printemps, océan chantant qui s'accumule.

L'immense amour frémit en chaque molécule,

Eclate et craque et monte et brise les cloisons,

Eternel flux berceur dont la force circule

De mon coeur attiédi aux primes floraisons.

 

J'ai fui hors de moi-même, épanché dans son rire,

Comme un esclave heureux loin de son ergastule.

Les chèvrefeuilles ont enlacé de leurs spires

Les coudriers fleuris. - Le pollen suinte et brûle

De miel doré criblant corolles et capsules;

Des grouillements cachés rôdent sous les buissons

Où le baiser confus et secret s'articule

De la Bête amoureuse aux primes floraisons.

 

Je suis le vent qui roule et je m'entends bruire

Parmi le vol agile et bleu des libellules;

Au visage des eaux, j'ai vu mes yeux reluire,

Et mon sang a teinté les roses campanules,

Pendant que de la sève en moi se coagule.

Je parle avec l'écho et vogue à l'unisson

Des trainantes rumeurs que le bois dissimule,

Et je m'épanouis aux primes floraisons.

 

Envoi

 

O Printemps, roi puissant, dans mes veines ondule

Ton âme. Et libéré de la folle raison,

Je mêle aux mots profonds que ta lèvre module,

Mon cantique d'amour, vibrante floraison.

 

 

A la primevère

A travers le voile, 1902



14/03/2013
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